« Anatomie d’une chute » : un film intelligent et populaire ?

Alors que le film « Anatomie d’une chute », réalisé par Justine Triet et sorti le 23 août 2023 avait déjà remporté la Palme d’or au Festival de Cannes et de nombreux Césars (du meilleur film, de la meilleure réalisation, de la meilleure actrice), il a reçu le 10 février 2023 lors de la 96ème cérémonie des Oscars, l’oscar du meilleur scénario original. Le succès du long-métrage qui a déjà attiré près d’1,8 millions de spectateurs français (chiffres de début avril 2024) et plus de 3 millions dans le monde (hors France) est incontestable, y compris sur la scène internationale.

Mais d’où provient ce succès mondial ?

Tout d’abord, « Anatomie d’une chute » peut paraître au premier abord austère par son histoire, qui retrace le procès de Sandra, incarnée par Sandra Hüller, dont le mari Samuel est retrouvé mort au pied de leur maison. Le récit adopte presque la forme d’un huis clos, alternant les plans filmés dans la maison et ceux filmés dans la salle d’audience. Mais le film, intelligemment mené est en réalité haletant et se rapproche même du thriller : Sandra est une célèbre écrivaine, dont le procès devient très vite médiatique et prend de grandes proportions : est-ce un assassinat ? Un suicide ? Eh bien en réalité l’enjeu du film n’est pas vraiment là, et la cause de la mort ne sera d’ailleurs jamais révélée.

Sandra Hüller

Le titre « Anatomie d’une chute » représente moins la chute matérielle de Samuel que sa chute morale (il a sombré dans une longue dépression depuis l’accident qui a coûté la vue à son fils), ainsi que la chute du couple formé par Samuel et Sandra. Le film prend très vite une tournure psychologique et on se rend compte que Sandra est moins jugée durant le procès pour le meurtre qu’elle a possiblement commis que pour sa personnalité. En effet, son personnage froid, d’origine allemande et ne s’exprimant pas en français, sa bisexualité, le fait qu’elle assume d’avoir trompé son mari et son succès en tant que femme, n’attirent pas la sympathie de tous. Pourtant dans le contexte actuel de questionnement des places de l’homme et de la femme dans le couple, ce personnage suscite l’intérêt et la réflexion. L’avocat général se sert du témoignage du psychologue de Samuel, d’un enregistrement d’une dispute entre Samuel et Sandra pour lui reprocher d’avoir été trop dure avec son mari, de ne pas s’occuper assez de son enfant par rapport à son mari… Mais celui-ci peut aussi être considéré comme frustré de ne pas réussir à écrire de livres, de se trouver des excuses pour ne pas entreprendre de grands projets : selon l’avocat de Sandra, interprété par Swann Arlaud, « s’il y a une chose dont Sandra est coupable en réalité c’est d’avoir réussi là où son mari a échoué ». Sandra est d’ailleurs acquittée à la fin du film.

 Ce long métrage est donc intelligemment filmé et mené, amenant le spectateur à se poser des questions quant à la culpabilité de Sandra, et plus généralement vis-à-vis des préjugés pouvant être portés sur une personne. Il traite ainsi de thématiques universelles en s’appuyant sur des acteurs remarquables comme l’actrice allemande Sandra Hüller qui est absolument bluffante dans son rôle, mais également Milo Machado-Graner dans le rôle de l’enfant du couple, dont le témoignage constitue la clé de voûte du procès.

Il est intéressant de voir qu’un film exigeant et qui pousse le spectateur à se questionner puisse connaître un succès populaire.

Zoé, élève de 1ère, avril 2024